(In French)

Retour à la compétition courte avec le deuxième programme, bien plus intéressant globalement que le premier, sans ratage et avec simplement des hauts et des bas. Les films du programme parvenaient à se répondre intelligemment à la manière de celui qui ouvrait la sélection, Conversation with a whale de Samo (Anna Bergmann) et de celui qui la refermait, Sous la peau, l’écorce de Franck Dion.

Ces films, bien que très différents, traitent tous deux de la difficulté d’être artiste, d’écrire ou d’être accepté en festival et des angoisses inhérentes à leur métier. Leurs auteurs, réalisant seuls ou presque ces courts, évoquent craintes, doutes et échappatoires. Le plus surprenant c’est que les deux utilisent, comme plongée dans un cocon protecteur, la figure de la baleine. Samo lui parle, le personnage de Franck Dion, devenu autonome, nage à ses côtés après avoir s’être dessiné une queue de poisson.

Samo utilise une imagerie douce, probablement issue de son univers enfantin et coloré. Elle parle de ses espoirs et surtout des rejets à travers des lettres – réponses de festival – qui explosent après avoir été lues, petites bombes qui la minent. Son personnage, version d’elle-même en mode petit prince triste : une cape, une couronne, une fleur arrosée qui se métamorphose douloureusement et un renard-loup orangé qui ne sera malheureusement pas son ami.

Franck Dion récupère les éléments de ses Voyages imaginaires en les transformant quelque peu. Il semble pétri d’angoisses à travers ses créatures : un homme masqué en animal face à des animaux aux masques humains. Ce qui pourrait sembler comique au premier abord devient vite inquiétant car il est difficile de savoir où va son héros et pourquoi. Il erre. Franck Dion va plus loin que son précédent opus, Per aspera ad astra. Si ce dernier produisait un effet clip, Sous la peau… peut faire penser à Rosto dans son utilisation d’une musique qui ne se réduit pas à une pure illustration. Elle varie, diminue, revient, change d’allure et participe à la création d’un univers mental. En outre, sa créature (dans tous les sens du terme) qu’il peine à faire vivre, évolue dans les profondeurs ténébreuses d’un bois, souvent en vue subjective, jusqu’à un miroir qu’il dépasse. Ce n’est pas Alice qui passe du côté fantastique mais la bête qui remonte à un niveau supérieur de réalité. Là, un arbre mort laisse entendre les voix d’un producteur – Didier Brunner – et d’une scénariste – Chloé Delaume – conseiller à la carcasse de l’auteur d’abandonner ce personnage qui cherche à rester en vie, à reprendre son périple, à se libérer en même temps qu’à se protéger.

Mal être et autoanalyse enfin évoqués. Deux univers, deux intimités, deux belles réponses de créateurs à l’angoisse de tous les autres.

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